Baleines à bosse
Suivi des baleines en mer
Le suivi des baleines à bosse en Nouvelle Calédonie se poursuit afin d’évaluer l’évolution de la population et de mieux la connaître pour en assurer une meilleure gestion dans le futur. Pour cela, l’équipe d’Opération Cétacés dispose d’un permis délivré par les autorités provinciales pour approcher les baleines afin de collecter diverses informations. Il s’agit de photographies des nageoires caudales (véritable empreinte de l’animal), d’enregistrements acoustiques et de prélèvements de peaux et de gras qui sont effectuées au moyen d’une arbalète ou d’un fusil hypodermique vétérinaire permettant de prélever un petit échantillon (inférieur à 1 cm3). Le prélèvement d’échantillons, appelé biopsie, interpelle parfois le public qui s’interroge à juste titre sur le dérangement causé aux animaux. L’impact de cette technique a fait l’objet de nombreuses études de par le monde et sur de nombreuses espèces de cétacés. Celles-ci n’ont démontré aucun effet néfaste sur les populations. En Nouvelle Calédonie comme dans d’autres sites d’étude, la majorité des baleines ne réagissent pas au prélèvement. Lorsqu’elles réagissent, elles ne montrent qu’une réaction à court terme.
Le faible dérangement occasionné est justifié par l’utilisation bénéfique des connaissances qui en découle pour la conservation de l’espèce. En effet, les analyses génétiques se révèlent particulièrement utiles pour étudier et mieux protéger ces animaux si difficiles à suivre dans leur milieu naturel. Ainsi certaines informations, telles que la détermination des populations indispensable à la gestion, sont quasiment impossibles à obtenir par d’autres méthodes. Les organismes faisant autorité comme la Commission Baleinière Internationale reconnaissent depuis longtemps le rôle essentiel de cette technique efficace qui constitue une alternative de choix à la chasse dite « scientifique » menée par les japonais.
En bref
La présence régulière de baleines à bosse dans le lagon Sud, notamment de groupes reproducteurs et de mamans accompagnées de leurs petits, ainsi que la détection régulière de chants confirme que le lagon sud de Nouvelle-Calédonie est la principale zone de reproduction pour les baleines à bosse.
Cette population de baleine à bosse est estimée à quelques centaines de baleines. Elle est démographiquement isolée puisque peu d’échanges migratoires ont été mis en évidence entre la Nouvelle Calédonie et les autres régions océaniennes. La population est reproductivement isolée puisque les pères des baleineaux nés en Nouvelle Calédonie font partie de la population calédonienne.
Ces informations souligne que la petite population de baleine à bosse de Nouvelle-Calédonie est vulnérable et quelle doit être protégée contre toute atteinte (pollution, dérangement, etc.).
Chasse
Autrefois les baleines à bosse étaient abondantes dans le Pacifique sud mais suite à l’exploitation commerciale de la première moitié du vingtième siècle leur nombre a été réduit à moins de 5% de leur effectif originel. Des dizaines de milliers d’entre elles ont été tuées dans les stations baleinières d’Australie et de Nouvelle-Zélande sur les routes de migration qu’elles empruntent entre l’Antarctique où elles se nourrissent et les zones tropicales où elles se reproduisent. Nombreuses également sont celles qui ont été chassées dans leur zone de nutrition dans l’océan austral ; plus de 46 000 baleines à bosse ont été tuées illégalement par l’ex URSS après que cette espèce ait été protégée par la Commission Baleinière Internationale. En 1963, date de l'arrêt de la chasse commerciale pour cette espèce, il ne restait plus que 200 à 500 baleines à bosse dans la région.
Quand et où peut-on observer les baleines à bosse?
Les baleines à bosse peuvent être rencontrées entre juillet et septembre. Le pic de la saison d’observation est situé au mois d’août.
Ce sont des animaux migrateurs qui se déplacent entre les zones de nutrition situées dans les eaux polaires où elles se nourrissent en été et les zones de reproduction tropicales hivernales. Elles migrent donc du nord au sud et du sud au nord.
Elles sont fidèles à leur zone de reproduction. C’est ainsi environ 20% des baleines rencontrées en Nouvelle-Calédonie y ont été vues plusieurs fois.
Les baleines à bosse peuvent être observées tout autour de la Grande Terre ainsi qu’aux îles Loyauté et aux Chesterfield.
Observations à terre et en mer
Les études sur les baleines à bosse de Nouvelle-Calédonie ont commencées en 1991 dans le lagon sud entre la Grande terre et l’île des Pins. Des observations ont été réalisées à Lifou, dans le grand lagon nord, le lagon est, le lagon nord-ouest et le complexe récifal de Chesterfield.
Chaque année pendant 2 à 3 mois les baleines sont étudiées. Les observations sont réalisées à la fois depuis la terre et en mer grâce à un contact permanent qui relie le poste d’observation terrestre à l’équipe embarquée à bord du bateau.
Elles sont repérées à l’aide de jumelles à partir d’un poste d’observation terrestre d’où leur trajet et leur comportement sont suivis à l’aide d’un théodolithe (photo équipe à terre).
Pour chaque groupe rencontré en mer la position, la durée de l’observation, le nombre d’animaux contenus dans le groupe, le comportement du groupe sont notés. Chaque animal est individuellement identifié par photo-identification. Cette technique est utilisée pour individualiser les animaux à partir de photographies de marques naturelles présentes sur leur corps. C'est ainsi que chaque baleine à bosse peut être identifiée individuellement d’après le motif présent sous sa nageoire caudale.
Cette « empreinte caudale » est l'équivalent de notre empreinte digitale.
Les baleines à bosse de l'hémisphère sud, et particulièrement celles du Pacifique sud-ouest, possèdent la particularité d'avoir des flancs qui peuvent présenter une pigmentation blanche.
A quoi servent ces photos ?
Calculer la taille de la population
La reconnaissance photographique sert à calculer le nombre de baleines
En terme de biologie, l’identification d’un individu une année X est appelée « capture », sa « re-identification » une année X+1 « recapture »; ce type d’information est indispensable pour estimer la taille de la population de baleines qui fréquente le lagon. (deux photos d’une baleine vue année 1, vu année 2)
En utilisant des photographies en guise de "capture" et de "recapture", le nombre de baleines qui fréquentent la Nouvelle-Calédonie a pu être estimée à environ 500 individus.
Connaître l’histoire individuelle de chaque animal
La comparaison des photographies permet de reconnaître chaque animal, de retracer son histoire individuelle pour estimer le taux de reproduction et l’intervalle de reproduction.
C'est ainsi que Chenille, la baleine HNC009, a été observée pour la première fois en 1993. Elle a été revue en 1997 accompagnée d'un baleineau puis observée à nouveau en 1999 au sein d'un groupe reproducteur. En 2000 et en 2004 elle a été vue avec un baleineau.
Étudier les déplacements
Au sein du groupe de recherche sur les cétacés du Pacifique sud les clichés provenant de différentes îles du Pacifique sud ont pu être comparés. La comparaison de toutes les photographies réalisées en Océanie a montré que certaines baleines visitaient plusieurs zones de reproduction ou de migration dans la région. (carte des déplacements dans le pacifique).
Connaître la durée du séjour
Les mâles restent plus longtemps que les femelles. Les femelles adultes ne restent que quelques jours ; elles repartent vers les eaux polaires dès qu’elles ont été fécondées. Les femelles accompagnées de baleineaux restent longtemps afin que le baleineau puisse prendre des forces pour affronter le retour vers les eaux froides de l’Antarctique.
Le même type d'analyse a été réalisé à partir des informations génétiques. Une seconde estimation de la population a été calculée (Garrigue et al., 2002b, Garrigue et al., 2004).
Les baleines chantent-elles partout ?
Dans leur zone de reproduction, les mâles adultes émettent des chants qui sont différents d’une population à l’autre. Leur analyse permet d’identifier l’appartenance du groupe d’animaux étudié à une population définie. Nous utilisons un hydrophone relié à un amplificateur pour écouter ces chants et un magnétophone pour les enregistrer.
La comparaison entre les chants enregistrés dans les différentes îles d’Océanie est réalisée en Australie.
Une étude sur le comportement des chanteurs a montré qu'il existe des zones privilégiées pour les chanteurs et d'autres zones où aucune activité de chant n'a pu être détectée, comme les zones de forts courant.
A quoi servent les biopsies ?
Une biopsie consiste à prélever un petit morceau de peau sur une baleine à l’aide d’une arbalète ou d’un fusil. L’embout utilisé est muni d’un petit emporte-pièce qui prélève un morceau de tissu d'environ 1cm3 ce qui correspondrait chez l'homme à une rognure d'ongle.
Après le saut d’une baleine de la peau peut également être récoltée en écrémant la surface de l’eau. (photo)
Ces échantillons servent à connaître le sexe des individus, à établir les liens de parenté,
A partir d’un fragment de tissu, il est possible, par analyse génétique, d’extraire et d'étudier l’ADN des cellules. (photo) Ces analyses vont permettre d'établir l’identité génétique des animaux, de connaître leurs liens "familiaux" et leur sexe. La comparaison d’échantillons provenant de différentes localités permettra d’établir une éventuelle parenté génétique entre les individus et de savoir s’ils sont issus d’un même population. La carte génétique peut être utilisée comme une marque de "capture" ou de "recapture" permet de calculer la taille de la population.
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